Le procès en appel d’Yvan Colonna a repris ce matin devant la cour d’assises de Paris.
Demain, dès la reprise des débats, les avocats de l'assassin présumé du préfet de Corse Claude Erignac, pourraient abattre leur dernières cartes. D'abord, en demandant à la cour d'assises spéciale de se déplacer à Ajaccio, sur la scène de crime. Puis en insistant pour faire témoigner à tout prix Georges Lebbos, un policier dont les méthodes d'enquête sont au coeur d'une importante controverse. Convoqué le 13 mars dernier, le fonctionnaire de police s'est fait porter pâle: il serait en dépression depuis le premier procès de Colonna. Les avocats du berger nationaliste menacent de quitter la cour d'assises pour de bon si le policier ne venait pas s'expliquer.
Le procès Colonna pourrait connaître un tournant dès mercredi avec le témoignage très attendu des membres du commando responsable de l’assassinat du préfet Erignac. Ces témoins qui, jusqu’à présent, ont accablé le berger de Cargèse tout en faisant mine de le dédouaner, pourraient apporter un nouvel éclairage sur le procès en cours. Mercredi et jeudi, ce sont Michèle Alessandri et Jeanne Ferrandi, les épouses de deux membres du "commando Erignac", qui vont venir s’exprimer. L’autre temps fort du procès devrait se dérouler vendredi avec l’interrogatoire d’Alain Ferrandi. Lors du premier procès de Colonna, alors que son ancien ami lui demandait de le disculper, il avait lâché, d'un ton glacial, et sans même le regarder: "Yvan, je sais que tu es un homme d'honneur. Si tu y avais participé, tu l'aurais revendiqué. Par conséquent, tu n'y étais pas." Une antiphrase qui avait pesé lourd dans la balance.
Tout aussi attendu, le témoignage de l’ex-préfet Bonnet, maître d’œuvre en 1998 et 1999 d’une enquête parallèle sur l’assassinat de son prédécesseur, pourrait également se révéler intéressant pour la Cour.
Reste à savoir si le président Didier Wacogne arrivera à reprendre la main face à une défense très agressive. En l'accusant notamment d'être "en mission", d'être "indigne" et "disqualifié", Colonna et ses avocats l'ont visiblement ébranlé vendredi.
Depuis trois semaines que dure ce second procès, Colonna et ses avocats pensent toutefois avoir marqué des points. Ils espèrent que la déposition surprise de Didier Vinolas a pu accroître le doute sur le sérieux de l'enquête policière; même si les révélations de l'ancien collaborateur du préfet se sont révélées fausses. Enfin, deux témoins du crime qui ne reconnaissent pas Yvan Colonna peuvent jouer en sa faveur, veulent croire ses défenseurs.
Ces derniers jours, les avocats de Colonna ont en effet attaqué l’enquête. Au-delà de l'arène judiciaire, c'est une véritable campagne politique et médiatique autour de l'innocence d’Yvan Colonna qui est à l'oeuvre. En cas de condamnation du berger nationaliste, un pourvoi en cassation et un recours devant la Cour européenne des Droits de l'homme sont déjà envisagés.
Constance Miloud
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