Située au cœur du Pletzl (la petite place en Yiddish), la Rue des Rosiers est le symbole de l’histoire juive du quartier du Marais dans le 4ème arrondissement de paris. Coincée entre la rue Vieille du Temple et la rue Malher, elle est aussi l’une des plus ancienne de la capitale et surtout l’une des plus vivantes le dimanche.
Construite aux alentours du 13ème siècle, cette rue tient son nom des rosiers qui poussaient contre ses remparts à l'époque de Philippe Auguste. La rue des Rosiers, si charmante, est infiniment liée à l’histoire des Juifs de France. Adulés, expulsés, ré-adulés, trahis, provoqués, déportés, les Juifs ont connu toutes les situations dans cette rue. Au moment de la construction de la rue, une synagogue est bâtie grâce à la juridiction particulière des Templiers.Mais en 1394 les Juifs sont expulsés du royaume de France par le roi Charles VI, ce qui rend impossible leur présence dans ce quartier jusqu’à la Révolution. Au 19ème siècle, elle redevient pourtant la rue privilégiée de l’immigration juive mais connaît dès le début du 20ème des évènements tragiques. L’antisémitisme sévit à cette époque et la rue des Rosiers connaîtra ses jours les plus noirs pendant la seconde guerre mondiale avec la déportation d’une partie de ses habitants.
Est-ce pour défier l’Histoire que cette rue est aujourd’hui l’une des plus vivantes, et des plus
accueillantes de Paris ? Pour les touristes comme pour les Parisiens qui viennent s’y promener et manger les « meilleurs falafels de la capitale, » la rue des Rosiers « reste incontournable lorsqu’on se promène dans le Marais. » Le dimanche, il y a du monde, beaucoup de monde rue des Rosiers. « Il fait beau et pas encore trop froid pour une mi-novembre, alors on en profite pour se promener et faire un peu les boutiques » confie l’un des passants. C’est vrai que tout est ouvert le dimanche, du café à la librairie en passant par les galeries d’art et les boutiques de vêtements. Les salons de thé sont pleins, les gens brunchent, il est presque 16h. « J’aime venir ici pour manger des pâtisseries juives, elles sont délicieuses » dit un homme d’une cinquantaine d’années qui habite à quelques rues de là.
« Rue de la modernité et de la tolérance »
« Ce que les gens aiment ici, c’est que tout le monde se mélange. » Plusieurs communautés cohabitent les unes à côté des autres dans le quartier et la rue des Rosiers en est un peu le centre. Ici, des Juifs orthodoxes habillés de manière traditionnelle, costume noir, chemise blanche et haut chapeau côtoient des homosexuels assumant pleinement leur orientation sexuelle, mais aussi des Catholiques, des Musulmans et des touristes. « Cette rue, c’est un peu le symbole de la modernité et de la tolérance » raconte un vendeur d’une grande marque de vêtements.
Pourtant, ce calme est fragile. En 1982, l’attentat contre le restaurant Goldenberg faisait six morts et une vingtaine de blessés. Cette année, un dimanche d’ailleurs, le jour où la rue est la plus fréquentée, un groupe antisémite a fait une descente dans la rue muni de battes de base-ball et de barres de fer afin d’impressionner et de provoquer une fois de plus la communauté juive.
Mais ce dimanche, devant les vitrines, les gens discutent, rient, il y a de la vie, de la bonne humeur, on ne pense pas encore à demain, quand il faudra aller travailler.
Loïc Parent, Itaim 3B
Quel talent ce Loïc ! ça me rappelle son superbe article sur le jardin des Batignolles : la même inspiration poétique, la même intensité dans le récit, la même flamme romancée...
Rédigé par: Martin | 22 juin 2008 à 21:33